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La dossier Doyon-Weinstock au complet: article, démenti, excuse.

François Doyon
Professeur de philosophie au cégep de saint-Jérôme

L'excision peut-elle faire l'objet d'un accommodement raisonnable?
Publication: 11/12/2013 00:07
http://quebec.huffingtonpost.ca/francois-doyon/excision-accommodement-raisonnable_b_4405839.html

Ce lundi 9 décembre, Québec inclusif a tenu un «6 à 8» en compagnie, entre autres, de Daniel Weinstock qui a discuté notamment des problèmes soulevés par l'actuel projet de Charte des valeurs. Présenté par les organisateurs comme «l'un des plus grands philosophes canadiens», Daniel Weinstock considère que faire subir à des fillettes non consentantes de légères mutilations génitales est un accommodement raisonnable si cela se fait à l'hôpital.

Au cours d'une conférence donnée à l'université Berkeley en 2008, Daniel Weinstock a affirmé qu'il serait raisonnable de permettre aux médecins d'effectuer à l'hôpital une légère forme de marquage rituel qui permettrait de respecter une coutume traditionnelle selon laquelle le clitoris doit être excisé. Le clitoris de la fille est considéré par certaines cultures comme une sorte de micro-pénis qui rend la femme imparfaitement femme, d'où l'importance de l'excision pour certaines traditions musulmanes. L'excision purifie la fille et la prépare au mariage. Mieux vaut accepter que cela se fasse à l'hôpital, dit Weinstock que de laisser des filles se faire mutiler dans des cuisines:

«L'interdiction pure et simple ne va rien changer, parce que la pratique va se poursuivre clandestinement.» (1)

«Peut-être que nous pouvons trouver un compromis à l'hôpital, où l'on pourrait effectuer une sorte de rituel de marquage qui ne serait pas une mutilation, ce serait considéré comme une circoncision rituelle pour les membres de cette culture, mais sans nuire aux femmes», poursuit le grand philosophe canadien (2).

Pas de compromis avec la barbarie

Un grand philosophe comme Daniel Weinstock devrait comprendre que sitôt que l'on fait une incision au clitoris, que ce soit en faisant pénétrer l'instrument de trois millimètres ou de dix millimètres, on mutile. Une excision, même légère, n'est pas plus acceptable sous prétexte qu'elle se ferait en milieu hospitalier dans des conditions d'asepsie qui évitent la septicémie qu'elle ne l'est lorsqu'elle est faite avec un couteau cuisine ou une lame de rasoir. C'est abject dans les deux cas. Et ce n'est pas parce qu'il y a des degrés dans l'abject que l'on va faire un accommodement raisonnable pour l'excision.

Il faut refuser catégoriquement cette idée que l'homme puisse avoir un pouvoir sur le corps de la femme. Quel que soit ce pouvoir, il est inacceptable et incompatible avec la reconnaissance de l'intégrité physique de la personne et incompatible avec l'égalité des sexes. On ne fait pas de compromis avec la barbarie.

Daniel Weinstock s'est expliqué sur ses propos tenus en 2008 à l'occasion d'un débat organisé l'an dernier par la Coalition laïcité Québec, dont le compte-rendu peut être consulté ici (http://www.mlq.qc.ca/2012/08/debat-quel-modele-de-laicite-pour-le-quebec/)

L'intolérable existe

Au nom de la tolérance, la plupart des sociétés modernes garantissent sans discrimination l'exercice des droits et libertés, notamment de religion, de langue, et sans égard à l'origine ethnique. C'est en invoquant le très occidental principe de tolérance qu'on nous demande de ne pas juger les autres cultures. D'un autre côté, nous constatons que ce qu'on nous demande d'accepter en invoquant notre principe de tolérance contrevient souvent au principe du respect de l'égalité entre les sexes.

Ce qui fonde notre principe de tolérance est une valeur caractéristique de l'occident moderne: la liberté. Tous les êtres humains sont libres et égaux en droit. Cette liberté fonde la dignité humaine et fait du respect de la personne un absolu. Le concept de liberté, pour être cohérent, ne se résume donc pas à tout permettre. Or, il est clair que la pratique des mutilations génitales est motivée par des valeurs qui nient l'égalité entre les sexes. Le principe universel du respect de la personne n'est donc pas respecté dans toutes les cultures.

L'esprit de tolérance, pour ne pas renier l'idéal de liberté qui est à son origine, doit assigner des limites à la liberté pour empêcher, par exemple, le droit à l'exercice de sa religion de supplanter le devoir de respecter l'intégrité physique des personnes mineures, sinon le concept même de liberté est vidé de son sens et se retourne alors contre lui-même. Un monde tolérant doit pouvoir tolérer le fait que l'intolérable ne peut être toléré, pour rester cohérent lorsqu'il affirme vouloir le respect de la dignité de la personne et de ses droits et libertés.

L'exemple des mutilations génitales imposées à des fillettes non consentantes est la preuve qu'il existe des cultures incompatibles. La valorisation de la liberté et de la tolérance qui est inscrite au cœur même de notre constitution ne peut tolérer qu'on l'instrumentalise pour justifier le mépris de la liberté et de l'égalité. Daniel Weinstock et ses disciples inclusifs oublient qu'une société doit se fonder sur des valeurs communes. Les inclusifs veulent faire vivre ensemble des cultures qui se contredisent sur des valeurs fondamentales. Ça ne fonctionnera jamais, a moins de sombrer dans un relativisme intégral qui nous conduira à tolérer l'intolérable. Tolérer l'intolérable, c'est faire triompher l'intolérance.

(1) «Outright banning is not going to work because the practice is going to be driven underground.»

(2) «Maybe we can find a way within the hospital, where we can perform a kind of ritual marking that wouldn't be mutilation, that would be a ritual circumcision from the point of view of the culture but that wouldn't harm women.»

Suivre François Doyon sur Twitter: www.twitter.com/DoyonPhilo

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Daniel Weinstock
Professeur à la faculté de droit de l'Université McGill

Rien ne pourrait être plus loin de la vérité
Publication: 12/12/2013 11:24

Dans une vidéo qui circule largement sur le web, et qui a été tirée d'une conférence que j'ai prononcée à Berkeley il y a plusieurs années, je fais état d'une stratégie à laquelle des médecins de la ville américaine de Seattle (et subséquemment de plusieurs villes italiennes) se sont livrée afin de tenter de minimiser les effets dévastateurs de l'infibulation pratiquée auprès de jeunes filles par des communautés somaliennes récemment arrivées aux États-Unis. Le «Seattle Compromise» consistait à effectuer en clinique un marquage génital auprès de ces filles, afin de leur éviter la mutilation anatomique et les infections occasionnées par la pratique plus radicale qui leur était imposée dans leurs communautés.

Ces médecins ont agi en désespoir de cause, voyant arriver dans leurs cliniques des fillettes dans des états de santé souvent critiques. Doutant de la capacité des autorités à éradiquer la pratique, ils ont agi afin de minimiser les torts causés par cette pratique (et non afin de proposer un «accommodement raisonnable» à ces communautés).

En dépit de ces considérations, je m'oppose à ce compromis, comme l'a fait la American Paediatric Association. Même dans sa version modérée, cette pratique reconduit des valeurs patriarcales selon lesquelles la sexualité de la femme doit être contrôlée comme condition de son éligibilité au mariage, valeurs contre lesquelles les démocraties libérales doivent se dresser. Et sur le plan plus pragmatique, des sociologues américains ont réussi à organiser des «cérémonies d'abandon» auprès de certaines communautés concernées qui ont mené dans ces communautés à la disparition durable de la pratique de l'infibulation. Je fais état de cette stratégie dans plusieurs de mes textes récents. Son succès donne espoir qu'il existe des modes d'intervention efficaces qui donneront lieu à la disparition de cette pratique.

Je tenais à apporter cette précision, puisque j'apprends qu'un texte circule selon lequel j'aurais apporté mon aval au «Seattle Compromise» (http://quebec.huffingtonpost.ca/francois-doyon/excision-accommodement-raisonnable_b_4405839.html), et que par surcroît je l'aurais fait au nom de l'«accommodement raisonnable». Il s'agit tout simplement d'une erreur quant à ma position. Je choisis de faire l'hypothèse que cette erreur a été commise de bonne foi par le blogueur du Huffington Post Québec, plutôt que, par exemple, dans la volonté de me discréditer comme contributeur au débat sur la Charte.

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François Doyon
Professeur de philosophie au cégep de saint-Jérôme

Mes excuses à Daniel Weinstock
Publication: 12/12/2013
http://quebec.huffingtonpost.ca/francois-doyon/excision-accommodement-raisonnable_b_4405839.html

Nous avons remplacé le texte original de ce blogue, intitulé L'excision peut-elle faire l'objet d'un accommodement raisonnable?, par cette lettre d'excuses de son auteur, François Doyon, qu'il adresse à Daniel Weinstock.
Par la présente, je tiens à préciser que les propos de Daniel Weinstock que j'ai rapportés dans le blogue «L'excision peut-elle faire l'objet d'un accommodement raisonnable?», publié sur le Huffington Post Québec, ont malheureusement été cités hors contexte.

Il s'agit des deux citations suivantes: «L'interdiction pure et simple ne va rien changer, parce que la pratique va se poursuivre clandestinement» ; «Peut-être que nous pouvons trouver un compromis à l'hôpital, où l'on pourrait effectuer une sorte de rituel de marquage qui ne serait pas une mutilation, ce serait considéré comme une circoncision rituelle pour les membres de cette culture, mais sans nuire aux femmes».

Ces propos rapportés par Daniel Weinstock à la conférence de Berkeley en 2008 sont la description d'une proposition qu'il rejette, bien qu'il puisse comprendre et respecter le fait que certains médecins puissent la trouver raisonnable. Attribuer ses propos à Weinstock n'était pas justifié. J'avais mal compris les propos de Weinstock et je suis sincèrement désolé de les avoir incorrectement rapportés dans mon article.

Je vous prie d'accepter toutes mes excuses.

Suivre François Doyon sur Twitter: www.twitter.com/DoyonPhilo


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